Chers Altaïens,

J'espère que mes derniers posts ne vous ont pas donné le mal des montagnes. Quel plaisir de vous retrouver après quelques mois d'interruption propices aux voyages, lectures, films et réflexions. Pour débuter cette reprise, citons un de mes maîtres à penser qui a utilisé l'image comme moyen d'expression, le talentissime Stanley Kubrick. Puisque vous êtes tous des lecteurs chevronnés de la langue de Marlowe, et que je n'ai pas la motivation pour la traduction, je garde la version originale.

Or, que nous dit SK : 'If you really want to communicate something, even if it is just an emotion or an attitude, let alone an idea, the least effective way and lest enjoyable way is directly. it only goes in about half an inch. But if you can get people to the point where they have to think a moment what it is you are getting at, and the discover it... the thrill of discovery goes right through the heart'.

En tant que bon altaIens, nous aussi sommes attachés aux fables et aux histoires car le travestissement est la seule manière de toucher l'âme. Il faut être rusé pour enseigner et traditionnellement, les enseignements étaient véhiculés aux enfants par les contes. Car le langage du coeur n'est pas celui de la raison. Il n'a que faire de la dialectique et de l'argumentation mais au contraire ne saisit que les images et les symboles. C'est ainsi qu'un réalisateur comme Kubrick cherche à nous provoquer au plus profond de nous-même. Il ne nous donne pas de leçon, n'impose pas un discours, une morale ou une vision des choses particulière propres à nous enfermer, mais nous ouvre au contraire des portes sur notre psyché en nous enmenant à chaque fois dans une fable ancienne, moderne ou futuriste où chaque détour révèle des ouvertures sur nous-même. Nous sommes ainsi tel le Danny du Shining, parcourant sur son tricycle les couloirs labyrinthiques de l'hôtel Overlook et prêts à découvrir à chaque virage de nouvelles introspections.

Nous souhaitons aller au delà du dualisme romantique et moderne que pose un peintre comme Goya quand il dit 'le sommeil de la raison produit des monstres'. Nous pensons qu'en réalité c'est la raison elle-même qui peut prendre des chemins monstrueux et que laissée à elle-même elle peut nous enfermer dans des systèmes totalitaires et absurdes.

Les mensonges et les fables sont salutaires.