"Il résulte de ce que j'ai appris (...) que le but du Plan est, je crois, d'établir une civilisation humaine basée sur des principes différents de tout ce qui a jamais existé jusqu'ici. Des principes qui, selon les découvertes de la psychohistoire, n'auraient jamais pu surgir spontanément...
- Je vous arrête ! Jamais est un mot à proscrire de votre vocabulaire, dit le premier Orateur d'une voix insistante. Ce serait considérer les faits avec trop de désinvolture. En fait, les psychohistoriens n'établissent que des probabilités. Un événement particulier peut ne présenter qu'une probabilité infinitésimale, mais cette probabilité est toujours supérieure à zéro.
- Oui, Orateur. Les principes en question, disais-je donc, ne présentent qu'une probabilité extrêmement faible d'apparition spontanée.
- C'est mieux. Et quels sont ces principes ?
- Ceux d'une civilisation fondée sur les sciences psychiques. Dans toute l'histoire de l'humanité, c'est surtout dans le domaine de la technologie que les progrès les plus importants ont été enregistrés, lorsqu'il était question d'agir sur le monde inanimé qui entourait l'homme. Le contrôle de soi et de la société a été abandonné au hasard, ou aux vagues tâtonnements de systèmes éthiques essentiellement basés sur l'intution, l'inspiration et l'émotion. Il en résulte qu'aucune culture dont le coefficient de stabilité excède environ 55% n'a jamais vu le jour, avec pour corollaire une affreuse détresse humaine. 
- Et comment se fait-il que les principes dont nous parlons ne soient pas d'un caractère spontané ?
- Pour la raison qu'une minorité relativement grande de gens sont doués de facultés indispensables pour prendre part au développement des sciences physiques et que tous bénéficient des avantages grossiers et visibles que les sciences leur apportent. Mais seule une infirme minorité possède les facultés indispensables pour conduire l'homme dans les arcanes supérieurs des sciences psychiques. Et les bénéfices qui en découlent, s'ils sont plus subtils et moins apparents. De plus, comme l'application de tels principes conduirait au développemnt d'une dicature éclairée au profit de ceux qui possèdent les meilleures aptitudes psychiques - c'est à dire les hommes occuoant un échellon virtuellement supérieur dans les subdivisions humaines -, ce fait suciterait des ressentiments et conduirait à l'instabilité de l'Etat, faute de l'exercice d'une force coercitive qui réduirait le reste de l'humanité au niveau de la brute. Une telle issue répugne à nos sentiments et doit être évitée à tout prix.
- Dans ce cas, quelle est la solution ?
- La solution, c'est le plan Seldon. Toutes dispositions ont été prises et maintenues de telle sorte qu'après une période d'un millénaire, soit six cents ans à compter de l'instant présent, un Empire galactique sera instauré, au sein duquel l'humanité sera prête pour l'avénement du règne des sciences psychiques. Dans le même intervalle, le développement de la Seconde Fondation aura permis de préparer un groupe de psychologues à devenir les futurs dirigeants de cet Empire. Ou, comme je l'ai souvent pensé, la Première Fondation fournira l'infrastructure physique d'une collectivité politique unique, et la Seconde Fondation, l'infrastructure mentale d'une classe dirigeante déjà toute préparée à sa tâche". 

Seconde Fondation - Isaac Asimov