Leblogazig

11 juin 2013

La vérité se transmet mieux sous la forme du mensonge

Chers Altaïens,

J'espère que mes derniers posts ne vous ont pas donné le mal des montagnes. Quel plaisir de vous retrouver après quelques mois d'interruption propices aux voyages, lectures, films et réflexions. Pour débuter cette reprise, citons un de mes maîtres à penser qui a utilisé l'image comme moyen d'expression, le talentissime Stanley Kubrick. Puisque vous êtes tous des lecteurs chevronnés de la langue de Marlowe, et que je n'ai pas la motivation pour la traduction, je garde la version originale.

Or, que nous dit SK : 'If you really want to communicate something, even if it is just an emotion or an attitude, let alone an idea, the least effective way and lest enjoyable way is directly. it only goes in about half an inch. But if you can get people to the point where they have to think a moment what it is you are getting at, and the discover it... the thrill of discovery goes right through the heart'.

En tant que bon altaIens, nous aussi sommes attachés aux fables et aux histoires car le travestissement est la seule manière de toucher l'âme. Il faut être rusé pour enseigner et traditionnellement, les enseignements étaient véhiculés aux enfants par les contes. Car le langage du coeur n'est pas celui de la raison. Il n'a que faire de la dialectique et de l'argumentation mais au contraire ne saisit que les images et les symboles. C'est ainsi qu'un réalisateur comme Kubrick cherche à nous provoquer au plus profond de nous-même. Il ne nous donne pas de leçon, n'impose pas un discours, une morale ou une vision des choses particulière propres à nous enfermer, mais nous ouvre au contraire des portes sur notre psyché en nous enmenant à chaque fois dans une fable ancienne, moderne ou futuriste où chaque détour révèle des ouvertures sur nous-même. Nous sommes ainsi tel le Danny du Shining, parcourant sur son tricycle les couloirs labyrinthiques de l'hôtel Overlook et prêts à découvrir à chaque virage de nouvelles introspections.

Nous souhaitons aller au delà du dualisme romantique et moderne que pose un peintre comme Goya quand il dit 'le sommeil de la raison produit des monstres'. Nous pensons qu'en réalité c'est la raison elle-même qui peut prendre des chemins monstrueux et que laissée à elle-même elle peut nous enfermer dans des systèmes totalitaires et absurdes.

Les mensonges et les fables sont salutaires.

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12 novembre 2012

De la contrainte

Une autre fois, Grotowski apostrophe Ouaknine à propos du sentiment d’inaccomplissement et de la difficulté d’être de ce dernier : "Vous êtes prisonnier entre un réflexe de fuite et un mécanisme de rationalisation (qui est une autre manière de fuir vos affects). Les deux mouvements cherchent à éviter la douleur. L'artiste professionnel se distingue de l'amateur en cela qu'il fait face à son mouvement de fuite et fait silence en cherchant la réponse dans l'action et non dans le discours qui l'explique. Il faut faire l'oeuvre, par delà le plaisir immédiat et contre sa propre paresse. Il faut se forger une discipline car c'est d'elle que la route est possible. C'est la contrainte qui rend libre. C'est en répondant à une contrainte (thématique, technique, formelle etc.) que l'oeuvre nous informe de ce que nous ne savions pas et qui attendait de naître." Il y a décidément du Grotowski chez les maîtres de danse et les calligraphes.

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Iching-hexagram-01

 

Qian est le premier des soixante-quatre hexagramme du Yi Jing, le livre des mutations, l'un des grands classiques de l'antiquité chinoise. C'est un signe plein. Il incarne l'énergie créatrice, le Ciel, la puissance du Yang à son apogée. 

J’ai embrassé, les yeux ouverts, une aube d’hiver. Lourdement vêtue de son manteau d’ombre, ma silhouette s’est accoudée à la balustrade d’un pavillon imitant les architectures fanées des défuntes dynasties, et je l’ai retrouvée. Je l’avais perdue, combien de temps, qu’en sais-je, l’éternité. J’ai retrouvé ce mouvement, rien de figé, comme la calligraphie oubliée au dessus de ma tête. La vie se faisant, sans cesse, comme l’œuvre se déployant sous les mains de l’artisan. Rien de figé, au contraire. Un élan, une fontaine, je cherchais à m’ébattre dans la source, la gueule crachait sans cesse ses fantasques créations, et j’étais l’une d’entre elles, et non point la moindre, et non point la plus laide. Je m’extasiais. Etait-ce donc ceci ? Le pavillon bordait un lac. Au fonds, me semblait-il, dormait un dragon. J’imaginais son réveil. Un souffle. L’eau repose soudain s’agitait, l’ombre sous-marine, mouvante, filait dans les labyrinthes minéraux, puis se dressait. Devant moi se déploya dans le vacarme des eaux soulevées le plus beau des monstres, comme sorti des merveilles du livres des montagnes et des océans. La créature, d’envergure majestueuse, au milieu des eaux écumeuses, me regarda un instant puis prit son envol. C'était Kun devenant Peng. Un tremblement souterrain parcourût le sol et ce fut comme le germe brisant la mince feuille de terre le séparant de l’éther, ce fut comme cet instant où à l’aube l’astre solaire s’arrache à l’horizon, nous arrachant au gouffre de la nuit. Ce n’était que lumière et croissance. Oh ! Combien ce surgissement m’aveugla, mes yeux en furent brûlés. Le soleil dépassa les frondaisons et déversa sa chaleur réconfortante. L’animal fabuleux n’en avait pas fini de monter, il déploya dans le ciel une danse ascensionnelle que les sorciers, jadis, savaient recomposer. Et il me prit soudain l’envie de rêver du pays de Chu et d’écouter les conteurs narrer le bestiaire fabuleux du temps d’avant le temps. Mais il demeure l’élan, le surgissement du geste premier, le jet initial du calligraphe, cette réconciliation avec le cœur du monde. Ah ! Puissé-je avoir dix milles yeux pour contempler le déploiement des êtres. Les évolutions du dragon n’en finissaient pas, sa parure d’écailles était mouvante et sans cesse reflétait d’inépuisables merveilles. Quelle flamboyante vision ! Que de beautés ai-je regardé. Je suis remonté jusqu’à l’origine, là où ni les âges, ni les étendues n’ont demeure. Il n’y restait plus que le premier geste dans le dépouillement brut du premier des jours, quand le soleil se leva pour la première fois sur le monde. Les nuages avaient pris ces pourpres colorations, s’étaient parés d’or et de feu. Avant même les cosmogonies et les premiers empereurs. Et avant même, encore. Je ne saurais dire si c’était le silence ou un cri, la lumière hurlait et m’était aveuglante. Ni le ciel, ni la terre, seule la vie mouvante, émergeant d’elle-même, s’engendrant, incessante. Cette vision me ravit à moi-même, mon être s’éclata, perdit son unité, et j’étais à la fois mort et éternité. Le dragon disparût dans les nuées. Et me revoilà soudain seul, disparu, isolé, arraché, avec pour unique compagne l’illusion de moi-même, au bord de ce petit lac que l’on appelle à Nankin étang de Wulong, et qui possède bien d’autres noms tels que le grand étang aux eaux claires, le bassin aux lotus blancs ou encore la couronne de la ville de l’Ouest. On l’appelle également le petit lac de l’Ouest, en référence au lac de l’Ouest de Hangzhou. Le poète Wei Yuan, de la dynastie des Qing, s’était d’ailleurs exclamé à sa vue : « Tant de beauté au printemps, laissez-moi le nommer, sans hésiter, le petit lac de l’Ouest ». 

 

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De l'art de se retirer

L’anecdote qui suit nous vient de Serge Ouaknine à propos du metteur en scène polonais Jerzy Grotowski, l’inventeur du théâtre pauvre, veritable école philosophique du théâtre. Un jour, alors qu'il revenait de Suède, Grotowsky posa la question suivante : "Que doit faire un homme quand il a atteint ses objectifs artistiques, quand il a enfin comblé ses ambitions sociales?..." Serge Ouaknine cherche une réponse spirituelle, il a vingt-et-un ans, et c’est avec idéalisme emprunt d’innocence qu’il répond : "Il doit se retirer en silence puisqu'il a obtenu la paix avec lui-même." Le maître de théâtre s’écrit : "Non! Il doit poursuivre comme s'il ne savait rien. Il doit continuer le simulacre de la quête, du savoir et du non-savoir car la société ne comprendrait pas son silence et vomirait les fruits de son triomphe. L'homme doit continuer à vivre avec les siens, même si son désir est de se retirer. Il doit poursuivre son combat... pour son propre salut." Et comme Serge Ouaknine réagit alors : "Mais c'est là perpétuer sa conscience malheureuse!" Grotowski ajouta: "Il faut faire et poursuivre comme avant. La seule différence entre avant la gloire et après, c'est la distance intérieure." Il y a du Grotowski chez Tchouang-Tseu et chez les Boddhisatvas du grand véhicule.

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05 novembre 2012

Isaac Asimov et le judaisme

Isaac Asimov, né en 1920 à Petrovitchi, en Russie, et mort en 1992 à New York, est sans aucun doute l’un des plus grands auteurs de science-fiction. Il est le créateur des vastes fresques telles que Fondation, qui suit sur plusieurs centains d'années l'évolution d'un Empire galactique depuis son déclin jusque sa renaissance. La portée politique de l'oeuvre - qui est à ranger dans la science-fiction politique au même titre que les oeuvres de Orwell ou Huxley - est indéniable et de nombreux chapitres sont de brillants exposés de stratégie politique où l'on voit s'affronter plusieurs philosophies de l'action, de la simple domination par la force technologique à la mise en application du concept de non-agir. Le blogazig y reviendra. Je vous ai mis dans le post précédent un extrait du troisième tome présentant l'essence du plan Seldon pour le rétablissement de l'ordre. Le texte suivant est une traduction d'un passage des mémoires d'Isaac Asimov éclairant ses origines juives et offrant un témoignage éclairant sur les questions de l'intolérance, des persécutions et de l'antijudaisme :

Mon père était fier de dire qu’il n’y avait jamais eu de pogrom dans sa petite ville natale, où juifs et gentils cohabitaient sans problème. En fait, lui-même avait pour ami un fils de gentils à qui il donnait un coup de main pour ses devoirs du soir. Après la Révolution [de 1917], il s’avéra que l’ami d’enfance était devenu fonctionnaire local du Parti ; à son tour, il aida mon père à réunir les papiers nécessaires pour émigrer aux Etats-Unis. Ce détail a son importance, car j’ai souvent lu sous la plume de romantiques échevelés que ma famille avait fui la Russie pour échapper aux persécutions. D’après eux, c’est tout juste si, pour quitter le pays, nous n’avions pas traversé le Dniepr en sautant de bloc de glace en bloc de glace, avec sur les talons une meute de chiens assoiffés de sang et la totalité de l’Armée rouge.

Evidemment, il n’en est rien. Nous n’avons nullement été persécutés, et c’est en toute légalité que nous sommes partis de chez nous, sans plus de tracasseries administratives qu’on ne peut en attendre de la bureaucratie en général, et de la nôtre en particulier. Tant pis si c’est une déception.

Je n’ai pas non plus d’histoires horribles à raconter sur ma vie aux Etats-Unis. Littéralement, je n’ai jamais eu à souffrir d’être juif ; je veux dire qu’on ne m’a ni frappé ni maltraité de quelque façon que ce soit. En revanche, j’ai été maintes fois provoqué, ouvertement par les jeunes butors, plus subtilement par les gens instruits. Mais j’acceptais ; pour moi, ces choses faisaient inévitablement partie d’un univers que je ne pouvais changer.

Je savais aussi que de vastes secteurs de la société américaine me resteraient fermés parce que j’étais juif, mais qu’il en allait ainsi dans toutes les sociétés chrétiennes, et cela depuis deux mille ans ; là encore, cela faisait partie des choses de la vie. Difficile à supporter en revanche fut le sentiment d’insécurité permanente, et parfois même de terreur, face à ce qui se passait dans le monde. Je veux parler ici des années 30 et de l’ascension d’Hitler, avec sa folie antisémite toujours plus féroce et toujours plus meurtrière.

Nul Juif américain ne pouvait ignorer alors que, d’abord en Allemagne, puis en Autriche, les Juifs étaient constamment humiliés, maltraités, emprisonnés, torturés et assassinés simplement parce qu’ils étaient juifs. Nous ne pouvions fermer les yeux sur le fait que des partis « naziisants » voyaient le jour dans d’autres régions d’Europe en faisant de l’antisémitisme leur maître mot. Même la France et la Grande-Bretagne furent touchées ; toutes deux virent l’émergence d’un parti de type fasciste, et toutes deux avaient déjà un lourd passé en matière d’antisémitisme.

Nous n’étions pas même en sécurité aux Etats-Unis, pays où sévissait en permanence un antisémitisme sous-jacent et qui n’était pas à l’abri d’une bouffée de violence occasionnelle chez les gangs de rue les plus frustes. Là aussi existait une certaine attirance pour le nazisme. Ne parlons pas du German-American Bund, cette antenne déclarée des nazis, mais on a pu entendre des individus comme le père Charles Coughlin, ou encore Charles Lindbergh, exprimer ouvertement des opinions antisémites. Sans parler des mouvements fascisants autochtones qui se rassemblaient autour de la bannière de l’antisémitisme.

Comment les juifs américains ont-ils pu supporter cette pression ? Comment n’ont-ils pas cédé sous son poids ? La plupart, je présume, ont simplement appliqué la stratégie du « déni », du refus de voir les choses en face. Ils se sont efforcés de ne pas y penser et ont fait de leur mieux pour continuer à vivre comme avant. Et dans une large mesure, c’est ce que j’ai fait moi aussi. On n’avait pas le choix. (Les juifs d’Allemagne se sont comportés de la même manière jusqu’à ce que l’orage éclate et qu’il soit trop tard.) En outre, j’avais trop foi en mon pays, les Etats-Unis d’Amérique, pour croire qu’il pourrait suivre un jour l’exemple allemand.

Il est un fait que les outrances d’Hitler, non seulement dans le racisme mais aussi dans le nationalisme va-t-en-guerre, ajoutées à une paranoïa galopante de plus en plus manifeste, suscitaient le dégoût et la colère chez un nombre non négligeable d’Américains. Le gouvernement des Etats-Unis avait beau se montrer globalement réservé sur le sort funeste des juifs d’Europe, les citoyens étaient de plus en plus opposés à Hitler. C’est du moins ce qu’il me semblait, et j’y trouvais quelque réconfort.

J’essayais par ailleurs de ne pas me laisser désagréablement obnubiler par le sentiment que l’antisémitisme était le problème mondial majeur. Autour de moi, beaucoup de Juifs divisaient la population de la terre en deux camps : les Juifs et les autres, point final. Nombreux étaient ceux qui ne prenaient en compte aucun autre problème que l’antisémitisme, quels que soient le lieu et l’époque.

Pour moi, il était évident que le préjugé était au contraire un phénomène universel, et que toutes les minorités, tous les groupes qui n’occupaient pas le sommet de l’échelle sociale devenaient par là même des victimes potentielles. Dans l’Europe des années 30, ce sont les Juifs qui en ont pâti de manière spectaculaire, mais aux Etats-Unis, ce n’étaient pas eux les plus mal traités. Chez nous, quiconque ne se fermait pas délibérément les yeux voyait bien que c’étaient les Afro-Américains. Pendant deux siècles, ils avaient été réduits en esclavage. Puis on avait théoriquement mis fin à cet état de fait, mais un peu partout, ils n’avaient accédé qu’au statut de quasi- esclaves : on les avait privés de leurs droits les plus fondamentaux, traités par le mépris et délibérément exclus de ce qu’il est convenu d’appeler le « rêve américain ».

Quoique juif, et pauvre de surcroît, j’ai pu bénéficier du système éducatif américain dans ce qu’il a de meilleur et fréquenter une de ses meilleures universités ; je me demandais, à l’époque, combien d’Afro-Américains se verraient offrir la même chance. Dénoncer l’antisémitisme sans dénoncer la cruauté humaine en général, voilà qui me tourmentait en permanence. L’aveuglement général est tel que j’ai entendu des Juifs se désoler sans retenue devant le phénomène de l’antisémitisme pour aborder sans se démonter la question afro-américaine et en parler en petits Hitler. Si je le leur faisais remarquer en protestant énergiquement, ils se retournaient contre moi. Ils ne se rendaient pas du tout compte de ce qu’ils faisaient.

J’ai entendu une fois une dame tenir des propos enflammés sur les gentils qui n’avaient rien fait pour sauver les Juifs d’Europe. « On ne peut pas leur faire confiance », affirmait- elle.

J’ai laissé passer un temps, puis je lui ai subitement demandé : « Et vous, qu’est-ce que vous faites pour aider les Noirs à obtenir leurs droits civiques ?

— Ecoutez, m’a-t-elle rétorqué. J’ai assez avec mes propres problèmes. »

Et moi : « C’est exactement ce que se sont dit les gentils d’Europe. » J’ai lu une totale incompréhension dans son regard. Elle ne voyait pas où je voulais en venir. Qu’y faire ? Le monde entier semble brandir en permanence une bannière clamant : « Liberté !... mais pas pour les autres. »

Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. »

J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? »

A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit ! »

Naturellement, je m’y attendais. « Au temps des Macchabées, au IIe siècle av. J.-C., Jean Hyrcan de Judée a conquis Edom et donné à choisir aux Edomites entre la conversion au judaïsme et l’épée. N’étant pas idiots, les Edomites se sont convertis, mais par la suite, on les a quand même traités en inférieurs, car s’ils étaient devenus des Juifs, ils n’en restaient pas moins des Edomites. »

Et Wiesel, encore plus énervé : « Il n’y a pas d’autre exemple. »

— C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres. »

Ce qui mit fin à la discussion. J’ajoute cependant que l’auditoire était totalement acquis à Elie Wiesel.

J’aurais pu aller plus loin. Faire allusion au sort réservé par les Israélites aux Cananéens au temps de David et de Salomon, par exemple. Et si j’avais pu prédire l’avenir, j’aurais évoqué ce qui se passe en Israël aujourd’hui. Les Juifs d’Amérique auraient une vision plus claire de la situation s’ils se représentaient un renversement des rôles : les Palestiniens gouvernant le pays et les Juifs les bombardant de pierres avec l’énergie du désespoir.

J’ai eu le même type de querelle avec Avram Davidson, brillant auteur de science-fiction qui, naturellement, est juif, et a été, du moins à une époque, ostensiblement orthodoxe. J’avais consacré un essai au Livre de Ruth, où je voyais un appel à la tolérance par opposition aux édits du cruel scribe Ezra, qui incitait les Juifs à « répudier » leurs épouses étrangères. Ruth était une Moabite, peuple haï des juifs s’il en est ; pourtant, elle est dépeinte dans l’Ancien Testament sous les traits d’une femme modèle ; en outre, elle compte parmi les ancêtres de David. Avram Davidson a pris ombrage de mon sous-entendu (les Juifs présentés comme intolérants) et j’ai eu droit à une lettre fort sarcastique dans laquelle il me demandait lui aussi si les Juifs s’étaient jamais livrés à des persécutions. Je lui ai répondu notamment : « Avram, vous et moi vivons dans un pays à 95 % non juif et cela ne nous pose pas de problème particulier. En revanche, qu’adviendrait-il de nous si nous étions des gentils habitant un pays à 95 % juif orthodoxe ? »

Je n’ai jamais reçu de réponse.

A l’heure où j’écris, on assiste à un afflux de Juifs ex-soviétiques en Israël. S’ils fuient leur pays, c’est bien parce qu’ils redoutent des persécutions de nature religieuse. Pourtant, dès qu’ils posent le pied sur le sol d’Israël, ils se muent en sionistes extrémistes impitoyables à l’égard des Palestiniens. Ils passent en un clin d’œil du statut de persécutés à celui de persécuteurs.

Cela dit, les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas. Si je suis sensible à ce problème particulier, c’est parce que je suis juif moi-même. En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne.

La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Egypte » (Exode 22 : 21). Mais qui obéit à cet enseignement ? Personnellement, chaque fois que je tente de le répandre, je m’attire des regards hostiles et je me rends impopulaire.

 

Isaac Asimov, Moi, Asimov, traduit de l’américain par Hélène Collon, Folio Science Fiction, Paris, 1996 [1994].

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02 novembre 2012

Du plan Seldon

"Il résulte de ce que j'ai appris (...) que le but du Plan est, je crois, d'établir une civilisation humaine basée sur des principes différents de tout ce qui a jamais existé jusqu'ici. Des principes qui, selon les découvertes de la psychohistoire, n'auraient jamais pu surgir spontanément...
- Je vous arrête ! Jamais est un mot à proscrire de votre vocabulaire, dit le premier Orateur d'une voix insistante. Ce serait considérer les faits avec trop de désinvolture. En fait, les psychohistoriens n'établissent que des probabilités. Un événement particulier peut ne présenter qu'une probabilité infinitésimale, mais cette probabilité est toujours supérieure à zéro.
- Oui, Orateur. Les principes en question, disais-je donc, ne présentent qu'une probabilité extrêmement faible d'apparition spontanée.
- C'est mieux. Et quels sont ces principes ?
- Ceux d'une civilisation fondée sur les sciences psychiques. Dans toute l'histoire de l'humanité, c'est surtout dans le domaine de la technologie que les progrès les plus importants ont été enregistrés, lorsqu'il était question d'agir sur le monde inanimé qui entourait l'homme. Le contrôle de soi et de la société a été abandonné au hasard, ou aux vagues tâtonnements de systèmes éthiques essentiellement basés sur l'intution, l'inspiration et l'émotion. Il en résulte qu'aucune culture dont le coefficient de stabilité excède environ 55% n'a jamais vu le jour, avec pour corollaire une affreuse détresse humaine. 
- Et comment se fait-il que les principes dont nous parlons ne soient pas d'un caractère spontané ?
- Pour la raison qu'une minorité relativement grande de gens sont doués de facultés indispensables pour prendre part au développement des sciences physiques et que tous bénéficient des avantages grossiers et visibles que les sciences leur apportent. Mais seule une infirme minorité possède les facultés indispensables pour conduire l'homme dans les arcanes supérieurs des sciences psychiques. Et les bénéfices qui en découlent, s'ils sont plus subtils et moins apparents. De plus, comme l'application de tels principes conduirait au développemnt d'une dicature éclairée au profit de ceux qui possèdent les meilleures aptitudes psychiques - c'est à dire les hommes occuoant un échellon virtuellement supérieur dans les subdivisions humaines -, ce fait suciterait des ressentiments et conduirait à l'instabilité de l'Etat, faute de l'exercice d'une force coercitive qui réduirait le reste de l'humanité au niveau de la brute. Une telle issue répugne à nos sentiments et doit être évitée à tout prix.
- Dans ce cas, quelle est la solution ?
- La solution, c'est le plan Seldon. Toutes dispositions ont été prises et maintenues de telle sorte qu'après une période d'un millénaire, soit six cents ans à compter de l'instant présent, un Empire galactique sera instauré, au sein duquel l'humanité sera prête pour l'avénement du règne des sciences psychiques. Dans le même intervalle, le développement de la Seconde Fondation aura permis de préparer un groupe de psychologues à devenir les futurs dirigeants de cet Empire. Ou, comme je l'ai souvent pensé, la Première Fondation fournira l'infrastructure physique d'une collectivité politique unique, et la Seconde Fondation, l'infrastructure mentale d'une classe dirigeante déjà toute préparée à sa tâche". 

Seconde Fondation - Isaac Asimov

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22 octobre 2012

En compagnie de maître Tchouang

尧治天下之民,平海内之政。往见四子藐姑射之山,汾水之阳,杳然丧其天下焉。
 
Il y a dans le premier chapitre de l’ouvrage chinois que l’on nomme le Tchouang-tseu, et qui s’intitule « le voyage sans attaches ni contraintes » - en chinois 逍遥游 (le dernier idéogramme renvoie à la nage), l’histoire de l’empereur Yao – un autre empereur mythique après Yu le grand - qui, après avoir mis l’ordre dans le monde et instauré un gouvernement de paix à travers tout l’empire, partit en voyage vers les lointains monts Gushe – montagnes chinoises mythiques - à la recherche des quatre sages (sur leur identité, on n’en sait pas plus). Arrivé sur les bords de la rivière Fen, ou est-ce déjà sur les pentes des mythiques monts Gushe - il se sentit soudain le cœur si léger et serein qu’il en oublia qu’il possédait un empire. Ah ! Puissions nous comme l’empereur partir en voyage en oubliant nos empires ! 
 
Bien souvent, cette image tirée du penseur chinois me reste en tête, lancinante. La phrase chinoise en question – en incipit - est courte, lapidaire, débarrassée du superflu, comme les anciens chinois avaient l’habitude d’en écrire. Elle tient en une ligne, c’est pour dire. Dieu sait que c’est une vieille image, pensée il y a plus de deux millénaires, germe venu de je ne sais où dans la tête d’un homme dont j’ignore presque tout et qui ignora tout de moi. 
 
Il y a dans cette phrase un condensé de toute la pensée de maître Tchouang, un éloge de l’oubli. L’empereur de Chine – quelle plus grande possession un homme peut-il avoir que la vaste Chine ? D’ailleurs, ici ce sont les deux signes 天下 – littéralement sous le ciel – qui désignent la Chine et par extension le monde entier. L’homme le plus puissant sous le ciel, lui-même, en vient à oublier et à laisser son empire. Quelle invitation à délaisser nos possessions, nos attaches et finalement nous-même ! Dans cette simple phrase, c’est l’art du détachement suprême qui est proclamé. Nous aurons l’occasion de revenir sur le programme de Thouang-tseu, et quel programme ! 
 
Zig.

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21 octobre 2012

Une tête dans le Yangtze

Il n'y a pas bien longtemps de celà, au coeur de l'été shanghaïen, après six années dans l'empire du milieu, j’ai pu enfin réaliser l’exploit que je n’avais jamais osé à Nankin. C’est depuis l’île de Chongming, la troisième île de Chine par sa taille après Taïwan et Hainan, que j’ai pu faire un plongeon dans le Yangtze, à l’endroit où ses eaux boueuses se jettent dans la mer de Chine. La chaleur qui accablait l’embouchure du fleuve ce jour-là ce aurait tout aussi bien justifié  un plongeon dans les eaux du Gange à Bénarès. Bravant 6 418 km de rejets en tous genres, et ignorant les reflets marrons des vagues du plus long fleuve d’Asie, celui-là même qui prend sa source dans les hauts plateaux tibétains, je me suis senti soudainement d’attaque pour affronter le fleuve et y ploger une tête.

Malheureusement, je n'ai pas renouvelé l’exploit du grand timonier qui le 16 juillet 1966, à l’âge de 63 ans, d’après les chroniqueurs de l’époque (enclins à  la figure de style dite «hyperbole socialiste » - qu'on nous apprend malheureusement plus à l'école) aurait nagé 15km en 65 minutes. En forme le Mao ! Un véritable happening politique que cette surprenante scène de baignade qui est alors une vraie réapparition médiatique après des mois de disparition - la disparition des dirigeants politiques en Chine est un sport national. Il faut dire que le grand bond en avant et les conséquences dramatiques qui suivirent avaient fragilisé sa position sur la scène politique et que son avenir était en jeu. Mao montre ce jour là à la Chine entière qu’il est en bonne santé, alors que les rumeurs le disaient faible et malade, et lance le signal de la grande révolution culturelle qui va renverser intégralement l’ordre de la société chinoise. Il y a dans cet événement simple, une petite baignade dans le Yangtze, une puissance d’évocation qui transcende le politique. Aucun discours, aucune parole, juste les images filmées d'un gros Mao flottant se purifiant dans les eaux du Yangtze. Bientôt, c’est toute la Chine qui allait être purifiée dans le fracas de la plus puissante guerre idéologique, une guerre des esprits et des cœurs destinée à éradiquer toute une classe politique et à mettre au monde un homme nouveau, un projet démesuré lancé par un seul homme, quasi démiurge.

Le politique en Chine, c’est étymologiquement celui qui régule les eaux, dans le sillage de l’empereur mythique Yu le grand qui dompta les eaux du déluge pour rétablir l’ordre dans tout l’Empire. Mao, lui, déchaînera le chaos. On peut souligner dans cette nage la puissance de l’image que les meilleurs conseillers de communication de nos politiques ne pourraient égaler. On est ici dans une performance qui vise à toucher au plus profond de l’âme chinoise, un acte symboliste qui annonce les années à venir.

Mais rassurez-vous, ma nage dans le Yangtze à côté était toute innocente, n’est pas Mao qui veut, simplement me rafraîchir dans un jour d’été écrasé par le soleil.

Un lien vers un extrait de film relatant l’épisode de 1966 :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=xN1P2DHE26g

Zig.

 

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Le mont analogue

Kanchenjunga

 

Dis Zig ! C'est quoi cette montagne qui trône comme ça en haut de cet article ? 

Une montagne sacrée, te connaissant, mais dis-nous en plus ! Ah, quel curieux tu fais, cher lecteur. Il sagit, tu l’auras très certainement reconnu, du Panchenjunga, le point culminant de l'Inde. Pour nos amis linguistes et sanscrisants, son nom s'ignifie en sanskrit 'les cinq trésors des neiges'  et il est également surnommé 'la montagne à laquelle on offre des remerciements'. Aleister Crowley, le célèbre ‘mage’ britannique, surnommé en son temps 'l'homme le plus pervers du monde', eh oui, en tenta l'ascension dans sa jeunesse où il était fervent d’alpinisme, en vain.

On doit la peinture de cette montagne à un personnage haut en couleurs, un dénommé Nicolas Roerich, ocultiste, explorateur de l’Asie centrale, du Tibet aux monts Altaï, et peintre russe, confondateur de l'Agni Yoga Society, d'inspiration théosophique, nominé au prix nobel de la paix en 1929, créateur de la 'Pax Cultura', véritable 'croix rouge' de l'art et de la culture, qui aboutira en 1954 à la convention de La Haye sur la protection des biens culturels en cas de conflits armés. A Oulan-Bator, anciennement Ourga, un petit musée qui lui est consacré vient d'ouvrir dans la maison où il séjourna un hiver. 

Howard Phillips Lovecraft, le grand maître du fantastique, créateur genial de Chtulhu, Nyarlathotep ou encore Shub-Niggurath mentionne les peintures de Nicolas Roerich dans son roman Les montagnes hallucinées. Vous pouvez admirer l’ensemble de ses peintures – dans un style très symboliste et coloré – sur le site www.roerich.org depuis ses oeuvres primitivistes imprégnées de l’art russe jusqu’à ses evocations bouddhisantes faisant référence aux prophéties du Kalachakra et à l'arrivée prochaine du bouddha du futut, Maitreya - ou Milefo chez nos amis chinois. 

Nicolas Roerich, a organisé plusieurs expéditions en compagnie de son épouse et de son fils à travers le Turkestan chinois, la steppe de la Djoungarie, l'Altaï, la Mongolie, le désert de Gobi et le Tibet, à la recherche de Shambalah, le mythique royaume introuvable. Il fallait bien une montagne magique, à la manière du mont Analogue de René Daumal ( roman initiatique inachevé – par la mort de l’auteur - sur l’ascension d’un mont allégorique) pour débuter le Blogazig et symboliser ces chaînes de montagnes qui peuplent l’imaginaire des asiatiques – les monts Kunlun, les hymalayas, les monts célestes, les monts Altaï, le Karakorum et invitent au voyage dans les pas de Nicolas Roerich, Alexandra David-Néel, Emma Mallart…

Zig.

 

N_Roerich

Nicolas Roerich, un bel illuminé.
M'étonne qu'il fréquentait les alentours de la colombie russe.

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Un pavillon de complaisance pour le blogazig

 

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Dis, Zig ! Mais quel est cet étrange blason en tête de l'article  ?

Ah oui, ce griffon surmonté d'une montagne à trois pics, sais-tu que ce blason nous vient de la Sibérie du sud, plus exactement de la petite république de l’Altaï, appartenant à la fédération de Russie ? 

Tu ne savais pas ? Aie aie aie, il faut donc tout t'apprendre, lecteur. Eh bien oui, petit territoire de 92 903 km2, la république correspond à la zone géographique du haut Altaï et abrite le majestueux mont Béloukha, point culminant de la chaîne des monts dorés (qui est la signification étymologique des Altaï). Woaw, avec le blogazig, qu’est-ce qu’on développe ses connaissances géographiques ! Mais ce n'est pas tout, la république abrite l'un des plus beaux exemples de végétation d'altitude de la Sibérie : steppe, taïga, forêt mixte, végétation subalpine, végétation alpine (petite précision pour nos amis botanistes, et ils plus sont nombreux qu'on ne le pense). Son emplacement à l’écart de grands foyers de population et aux centre du continent eurasiatique en fait un lieu particulièrement préservé, voire oublié, que nous avons élu comme terre d’adoption. 

Si certains navires ayant des cargaisons à se reprocher naviguent sous le pavillon du Panama, le blogazig a choisi la république de l’Altaï pour y abriter sa pensée - qu'il n'a pas cependant à se reprocher. Quoi de plus inspirant que les neiges du Béloukha et le souvenir de l’or des Scythes pour deviser allègrement en votre compagnie ? La république d’Altaï est frontalière avec la république de Tuva, terre du chamanisme (interdit en 1931) et du cannabis qui y est devenu une monnaie d’échange à la suite de la désindustrialisation de la région dans les années 1990, ce qui lui donne le sympathique surnom de ‘Colombie russe’. Mais que fait Vladimir ? Les estimations concernant la superficie des champs de cannabis sont très vagues et vont de 26 000 à 84 000 hectares - information obtenues avec l'aide chaleureuse de la communauté ouighoure de Shanghai que je remercie.

La région est également célèbre pour ses chants traditionnels diphoniques - car produisant à l'aide d'une seule voix deux notes de fréquences différentes - appelés « chants de gorge » . Vous avez certainement déjà entendu ces chants incomparables par leur aspect métallique. Si ce n'est pas le cas, la prochaine fois que vous me voyez, demandez-moi de vous en faire une petite représentation. En tout cas, l'Altaï est un paradis pour nos amis ethnomusicologues. Je vous recommande cette page internet - réalisée par un laboratoire du CNRS - pour tout savoir sur le chant diphonique : 

http://www.crem-cnrs.fr/realisations_multimedia/animations/diphonique/hai1.html

Pour nos amis historiens, les Scythes – population nomade d’origine iranienne, donc indo-européenne - ont occupé entre le huitième et le troisième siècle avant Jésus-Christ la région, y laissant plusieurs milliers de tombes regroupées en tumulus. Les scépultures sont aujourd’hui conservés en partie au musée de l’Ermitage de Saint-Petersbourg. Elles ont livré des momies (les célèbres momies de l’Altaï, tout aussi coquettes que leurs lointaines tantes égyptiennes) et des objets qui font l’objet de revendications identitaires de la part des Altaïens car ceux-cis s’estiment dépossédés de leur propre patrimoine, après avoir été entièrement dépossédés de leurs traditions et de leur spiritualité par l’Union soviétique. 

J’arrête ici. Je pourrais ajouter pour nos amis géographes qu’on y trouve également un quasi quadripoint, c’est à dire un point de jonction entre quatre pays – Russie, Chine, Mongolie et Kazakhstan, mais les justifications suffisent à présent. 

Il est clair à présent, cher lecteur, que seul le pavillon Altaïen pouvait être l'étendar sous lequel nous nous sentions investis de l'autorité de naviguer. Nous nous sentons de la trempe des Altaïens - déracinés en quelques sortes mais recherchant sous les trois pointes resplendissantes du mont sacré Béloukha nos secrètes origines. Nous y reviendrons.

Maintenant que nous avons brandi notre étandard, nous t'invitons, très cher estimé lecteur, à t'y abriter pareillement et à rejoindre la fraterie alataïenne.

Zig.

Posté par leblogazig à 21:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]